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7 mars 2005
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Marie-Anne Isler-Béguin : "Voter non, c’est tuer le modèle social"
Députée du Parlement européen depuis deux mandats et demi, Marie-Anne Isler-Béguin est une Européenne convaincue et déterminée. Pour cette élue des Verts, c’est même le seul moyen de défendre l’exigence sociale et solidaire.
Le Républicain Lorrain : Comment vous situez-vous dans le débat sur le référendum ?
Marie-Anne Isler-Béguin : Bien sûr, je milite pour le oui et contre ceux qui veulent voter non tout en attendant que le oui supplante tout. Il faut être clair : il s’agit de voter oui à la Constitution européenne, pas à autre chose. Je comprends aujourd’hui que des Français puissent avoir une humeur, mais voter non reviendrait à esquiver le vrai débat. Il faut, à mon sens, présenter la réalité aux populations. Il y a d’une part un pouvoir européen qui est supra national et de l’autre la France dont l’Europe ne prend pas la place. Regardez, la Lorraine est une région qui a formidablement profité de l’argent de l’Europe pour sa reconversion et ensuite des fonds structurels. Or, jamais, il n’a été dit qu’il s’agissait de la solidarité européenne qui s’exerçait en notre faveur. Voter non reviendrait à dire à tout le reste de l’Europe que la France refuserait d’être solidaire avec ses régions en difficulté.
RL : A votre avis pourquoi la tentation du non continue-t-elle de caracoler en tête ?
MAIB : Mais ce n’est pas le projet de constitution qui est visé. Les Français expriment ainsi leur malaise, leurs pertes de repères et ils voudraient, de cette manière, sanctionner la politique nationale en se disant, on ne va pas redonner un chèque en blanc à Chirac qui ensuite ne tient pas compte de nos volontés. Dans le même temps, les jeunes sont inquiets par rapport à leur avenir. Enfin, les tenants du non s’engagent dans cette brèche en mélangeant le tout. Déjà en 1989, je réclamais une Constitution européenne afin de bien fixer les niveaux de compétences respectifs. Le document qui sera soumis au référendum est le résultat d’un compromis de vingt-cinq pays différents qui sont résolus à s’organiser. Il me semble que les Français sont trop tournés vers eux-mêmes alors qu’ils devraient avoir plus de largeur de vue. Sachons transformer le rêve européen !
RL : Comment vous employez-vous à convaincre les citoyens et vos contradicteurs de changer d’avis ?
MAIB : Il faut accepter l’idée que le texte est le résultat d’un compromis. Or, c’est cela la démocratie et c’est essentiel. La France peut ne pas être d’accord avec tout cela, mais quelle alternative a-t-elle ? Il faut bien comprendre que l’enjeu n’est pas celui d’un match qui opposerait les libéraux aux étatistes. En revanche, s’il n’y a pas de constitution, c’est l’option la plus libérale qui se mettra en oeuvre, loin de l’environnement social et progressiste que souhaitent les Français. Si le non triomphe, ses auteurs pourront se dire qu’ils ont fait tomber le modèle social attendu. Ils auront à s’interroger de savoir avec qui ils pourront composer quelque chose de plus favorable. Sûrement pas avec les extrêmes qui n’ont pas de projet de société. De la même façon notre volonté, à nous les Verts, de voir se réorganiser la chimie en France sera rejetée.
RL : La ligne de fracture ne passe-t-elle pas aussi chez les Verts ?
MAIB : Etrangement, dans nos rangs, ceux qui sont pour le non sont plutôt les nouveaux venus. Les anciens plaident globalement en faveur du oui. En tout cas, le parti s’est ancré dans le clan du oui, parce que l’Europe est la seule perspective. Un président pour deux ans, un ministre des Affaires étrangères, tout cela donnera de la lisibilité à l’Europe.
Recueilli par Gilbert MAYER.
A lire dans le "Républicain Lorrain" du jeudi 21 avril 2005