Maib.info

Le site de Marie-Anne Isler Béguin

Appel à soutenir le collectif minier de Lorraine : pour une suspension immédiate de la décision d'arrêter le pompage des eaux d'exhaure !

Appel à soutenir le collectif minier de Lorraine : pour une suspension immédiate de la décision d’arrêter le pompage des eaux d’exhaure !

Posté le 30 novembre 2005 par Marie Anne Isler Béguin (Contacter l'auteur)

"Que reste-t-il de la fierté des mineurs du bassin ferrifère, eux qui, toute leur vie, du fond de la mine, ont contribué à enrichir la Lorraine et la nation entière ? Sans doute de l’amertume, beaucoup de colère, et à juste titre.

Aujourd’hui, ces anciens mineurs ne sont plus que les victimes d’une exploitation excessive du bassin houiller et de ses gestionnaires arrogants, qui ont montré un total désintérêt pour la question de la gestion de l’après mine.

Mais le premier responsable de cette situation catastrophique reste l’Etat qui, lors de la privatisation d’USINOR, a pu récolter plusieurs dizaines de milliards de Francs, et qui pourtant a refusé de créer un fonds spécifique, issu de cette privatisation, pour garantir une situation acceptable pour l’après mine. Cette demande avait été faite par le groupe des Vert au Conseil Régional de Lorraine en 1992.

Ce fonds, qui a cruellement manqué pour faire face à tous les désordres de l’après mine, aurait permis d’éviter cet énorme gâchis, auquel nous assistons pour la plupart impuissants et ce, malgré les énormes mobilisations des populations et des élus locaux.

Plonger les populations concernées dans la détresse, en leur proposant comme ultime perspective de pouvoir être appelées à quitter leurs habitations du jour au lendemain, n’a rien d’honorant ; même si cela se pratique au nom du principe de sécurité.

A quelques heures de l’ennoyage annoncé, les autorités seraient bien inspirées de répondre à la demande collective de sursoir à l’arrêt des pompes, au moins le temps que les populations puissent déménager dans de meilleures conditions.

Monsieur le préfet, un mois supplémentaire de pompage ne ruinera pas l’Etat français : répondez positivement à cette attente.

Car si la sécurisation des populations n’est pas à négocier, la gestion des familles touchées ne l’est pas non plus.

Or, lorsque l’on compile le millefeuille des procédures, lois ou modifications du code minier, on constate que l’Etat a établit une inégalité de fait entre citoyens dans le bassin minier lorrain, les uns étant des "clausés", d’autres des "non-clausés", les uns étant indemnisés par le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages, les autres par l’Etat ; sans compter qu’aujourd’hui, il n’y a plus de clause et que les premiers sinistrés n’entrant dans aucun cadre sont des "hors les lois" !

Si cette situation dans le bassin nord est juridiquement correcte, elle est éthiquement, moralement et déontologiquement injuste. Elle fait des habitants du bassin nord des citoyens inégaux devant la loi, bafouant les droits fondamentaux de notre République, devenue incapable de garantir une égalité de traitement aux citoyens-sinistrés du bassin ferrifère lorrain.

Et il ne restera aux sinistrés, qui ont porté plaintes et ont été déboutés, que la Cour européenne des droits de l’homme pour voir reconnu leur statut de discriminés.

L’autre question, enfin, concerne l’eau. Si la spéculation a déjà démarré sur la capacité des mines ennoyées à devenir des réservoirs d’eau potable, la question de sa qualité reste un point d’interrogation. Les déchets des exploitations minières, qui font l’objet d’un projet de directive en cours de finalisation, et qui restent stockés au fond des galeries, seront-ils sources de pollutions de ces réservoirs d’eau ? La question reste entière ; il suffit pour s’en convaincre de se référer à la qualité des eaux dans les galeries déjà ennoyées et qui ne répondent pas aux attentes.

Et que dire de l’application de la directive cadre sur l’eau ? Les autorités françaises ont-elles envisagé et étudié toutes les conséquences de l’arrêt des pompages des eaux d’exhaures sur le bassin hydrologique de l’Orne à la Crusne ?

Anticiper l’application de la directive cadre sur l’eau dans ce cas précis serait non seulement judicieux, mais respecterait la Charte de l’environnement, qui reconnait le principe de précaution.

Des collectifs de citoyens ont déposé une plainte en ce sens auprès de la Commission européenne, ainsi qu’une pétition auprès du Parlement européen qui, le 11 octobre dernier, les a reçu et a pu écouter leurs arguments. Le Parlement européen attend maintenant la réponse des autorités françaises.

Des autorités françaises qui ont, outre le droit de prendre des décisions sur l’ennoyage des mines, également le devoir d’être à l’écoute de leurs citoyens et de répondre à leurs légitimes inquiétudes.


Forum

  • > Appel à soutenir le collectif minier de Lorraine : pour une suspension immédiate de la décision d’arrêter le pompage des eaux d’exhaure !
    20 janvier 2006,par DAZY Luc
    J’ai quitté la Lorraine (Longwy) il y a 25 ans mais j’y reviens régulièrement et j’y garde des liens. Il est inadmissible que l’état français se désinteresse du sort des habitants victimes des affaissements miniers. Nos gouvernants et les entreprises qui ont exploité ces mines doivent assumer les dégats (maisons lézardées et pollutions des fonds miniers). Une nouvelle fois l’imprévoyance,les carences des responsables laissent apparaitre(quelques décénnies plus tard)des souffrances dont sont victimes les populations. Les citoyens sont las de nos " Ponce-Pilate" politiques.
Proposez cet article sur :