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Posté le 20 mai 2008 par Cédric Cabanne (Contacter l'auteur)
Comme l’a rappelé Marie Anne Isler Béguin dans une tribune parue en avril 2008 dans l’hebdomadaire "The European Voice", la diversité biologique est actuellement éclipsée par l’actualité sur le changement climatique.
Pourtant, il est essentiel de porter à l’attention de nos citoyens et des décideurs politiques un fait important : La lutte contre le changement climatique est intimement liée à la lutte contre la disparition des espèces et des écosystèmes. Ainsi, avec la baisse des émissions de gaz à effet de serre, la diversité biologique (ou biodiversité) s’affirme comme le second pilier dans la lutte contre le changement climatique. De fait, les plantes et les animaux possèdent des capacités pour atténuer les modifications brutales des cycles climatiques. Par exemple, une mangrove ou une dune plantée de végétaux présentent une résistance naturelle à l’élévation du niveau de la mer lors des tempêtes, évitant la salinisation des terres agricoles qu’une inondation pourrait provoquer.
Les territoires sis en zones tempérées ont longtemps été protégés de l’érosion de la diversité biologique. Ce n’est aujourd’hui plus le cas. Les citoyens européens peuvent désormais identifier les espèces qui disparaissent de leurs territoires d’origine : où sont passés le Milan royal (Milvus milvus), le Requin gris (Carcharhinus plumbeus), le Corail rouge (Corralium rubrum) ou le banal Caroubier (Ceratonia siliqua) autrefois si fréquent dans nos campagnes et nos mers ?
Si les causes de la disparition des espèces font désormais consensus (politique agricole inadaptée, aménagement du territoire ne prenant pas suffisamment en compte la protection des espèces, surexploitation des ressources naturelles, pollution), il faut beaucoup de réunions pour que des réponses politiques soient coordonnées au niveau international !
La 9ème conférence des Parties de Bonn qui se réunit à Bonn (Allemagne du 19 au 30 Mai 2008), pourrait faire exception à la règle. La réunion de 7000 participants en provenance de 191 pays n’est pas inutile. Elle exerce une pression médiatique à destination des citoyens, par le biais d’un flux élevé d’informations. Ensuite parce que les discussions sur les facteurs à l’origine de la perte des espèces font désormais consensus et prennent le contrepied des groupes de pression qui poussent le gouvernement à ne pas changer leur fusil d’épaule. En Europe, la politique agricole commune (PAC) de même que le développement des infrastructures de transport, le mitage des zones rurales, les pollutions industrielles et la surexploitation des espèces sont particulièrement ciblées en particulier par les directives et les règlements européens votés en co-décision avec le Parlement Européen (Reach, l’instruement financier LIFE+, la directive cadre sur les déchets, etc).
Deux années après la réunion de Curitiba (Brésil), la Conférence de Bonn est l’occasion de prendre le poul de l’aboutissement des discussions telles que l’accès aux ressources et le partage des avantages issus de la diversité biologique (en clair, l’exercice des droits de propriété intellectuelle sur la biodiversité par les peuples autochtones), la conquête des fonds marins par les armadas de super chalutiers asiatiques et européens, la déforestations des poumons verts (forêts tropicales d’Amazonie, du Bassin du Congo, d’Asie du Sud Est, forêts boréales d’Eurasie ou d’Amérique du Nord), les organismes génétiquement modifiés, la lutte contre les espèces invasives.
Bien sur, les représentants des citoyens (parlementaires) et de la société civile ne manqueront pas de participer aux discussions sur les agrocarburants. La conférence de Bonn est aussi l’opportunité pour la communauté internationale de procéder au choix de la sécurité alimentaire plutôt que celui de la sécurité énergétique, comme nous y engage les eurodéputés Verts, un rapporteur spécial des Nation-Unies ou la très sérieuse OCDE ! La création d’un réseau d’aires marines protégées est également à l’ordre du jour. Le Parlement Européen milite pour la création d’un réseau international de conservation marine in situ . Il est plus que temps que cet engagement aboutisse.
A quelques encablures de la Conférence des Parties sur la lutte contre le changement climatique (en Décembre 2007 en Indonésie), la réunion de Bonn est une occasion historique pour la communauté internationale de mettre en veilleuse les discussions au profit de la définition d’une feuille de route qui mettrait un terme à la disparition du patrimoine génétique.
La position de l’Union Européenne est très attendue.
Alors que l’Union Européenne connait de grandes difficultés à mettre en place son réseau d’aire naturelles protégées Natura 2000 ; alors que les directives européennes Habitats et Oiseaux sont partout remises en question par des aménagements n’intégrant pas suffisamment la dimension environnementale, l’Union Européenne peut s’enorgueillir de travailler au premier réseau intégré de sites au monde. Serons-nous valoriser notre approche auprès de nos partenaires ?
Il reste encore deux semaines avant la réunion du segment ministériel présidé par la chancelière Angela Merkel. La France lui fera-t-elle la courtoise d’envoyer le Ministre d’Etat ? L’affichage des politiques de l’environnement en France et la prochaine présidence française de l’Union Européenne plaident pour qu’un représentant de très haut niveau participe à la conclusion des négociations.
site de la Convention sur la Diversité Biologique

